Effarene (1984)

for soprano, mezzo-soprano, 2 pianos, 6 percussion

Effarene was written in February and March 1984 for performance at the New MacNaghten Concerts in St. John's Smith Square. The original instrumentation - 4 pianos, 6 percussion and 2 voices - related to the fact that it was paired with Antheil's Ballet Mécanique. Effarene is a cantata comprising 4 extended arias, 3 being paraphrases of material written for Robert Wilson's The CIVIL WarS and the fourth utilising imagery from Jules Verne's 20,000 Leagues Under The Sea. In addition, instrumental sections of the work derive from my other operatic collaboration with Robert Wilson, Medea. The vocal sections of Effarene are as follows.

1. Soprano solo, to a text in French by Marie Curie in which she declares her passionate belief in Science. The text is set twice: first lyrically, the second time dramatically.

2. Mezzo-soprano, to a poem in French by Etel Adnan, the Lebanese writer with whom I worked closely in the monastery of La Sainte Baume during the rehearsal period of The CIVIL WarS. The poem, "La Reine de la Mer", is one which she had written many years ago in Beirut and I have since set other poems by her.

3. (following an extended instrumental interlude) Soprano and mezzo-soprano duet to a Latin poem in praise of photography by Pope Leo XIII, "Ars Photographica". Jules Verne had met Leo XIII in 1884 - and Effarene was written in the centenary year of that meeting. I also used this same text for a choral piece called On Photography.

4. Mezzo-soprano to a text in French taken from 20,000 Leagues Under The Sea - a section where Professor Aronnax muses over a globe, extolling aspects of underwater geography and describing certain mysterious underwater currents. The piece ends with an instrumental coda.

The title of the cantata, Effarene, comes from the name of the principle character, a mysterious musician and organ builder, in Jules Verne's posthumously published short story Monsieur Ré-dièze et Mademoiselle Mi-bémol.

Gavin Bryars.

Texts

I

Je suis de ceux qui pensent que la Science a une grande beauté. Un savant dans son laboratoire n'est pas seulement un technicien, c'est aussi un enfant placé en face de phénomènes naturels qui l'impressionnent comme un conte de fées. Nous ne devons pas laisser croire que tout progrès scientifique se réduit à des mécanismes, des machines, des engrenages qui d'ailleurs ont leur beauté propre. Je ne crois pas non plus que dans notre monde l'esprit d'aventure risque de disparaitre. Si je vois autour de moi quelquechose de vital, c'est précisement cet esprit qui parait indéracinable et s'apparente à la curiosité.

II

La mer bouge dans nos lèvres

Et s'élève comme murailles dans nos yeux.

Le vent dérange nos cheveux

Pour en faire piques et épines

Le voici comme une paume sur l'échine

Apaisé des eaux

L'éternité court sur la matière fluide

Ni mouvement ni essence

Mais le visage lavé et délavé de la mer.

Je suis exposé à la nudité de la lumière

Et abandonnée à la lèvre multiple de la mer

Je suis liquide, élément liquide

La terre ses volcans, ses ravines, sa colère.

Je suis ses torrents et sa vase

Et son limon et son printemps

Liquide, élément liquide,

Je suis la mer et unie à la mer.

Liquide, liquide, élément liquide.

Je suis la mer et la Reine de la mer.

III

Expressa solis spiculo

Nitens imago, quam bene frontis deus,

Vim luminum refers,

Et oris gratiam imagine.

O mira virtus ingeni

Novumque monstrum

Imaginem Naturae Apelles

Apelles Aemulus

Non pulchriorem pingeret

Expressa nolis, expressa solis spiculo Naturae

Expressa, expressa solis quam bene prontis

Novumque monstrum refers

Nitens imago quam bene frontis deus

Vim luminum O mira gratiam

Expressa solis spiculo

Mira virtus ingeni novum

Et oris gratiam

Mira oris gratiam

IV

La mer était magnifique, le ciel pur. À peine si le long véhicule ressentait les larges ondulations de l'océan. Une légère brise de l'est ridait la surface des eaux. L'horizon, dégagé de brumes, se prêtait aux meilleures observations. Nous n'avions rien en vue. Pas un écueil, pas un îlot. L'immensité déserte. Mes regards se fixèrent sur le vaste planisphère étalé sur la table, et je plaçai le doigt sur le point même où se croisaient la longtitude et la latitude observées. La mer a ses fleuves comme les continents. Ce sont des courants spéciaux, reconnaisables à leur température, à leur couleur, et dont le plus remarquables est connu sous le nom du Gulf Stream. La science a déterminé sur le globe, la direction de cinq courants principaux: un dans l'Atlantique nord, un second dans l'Atlantique sud, un troisième dans le Pacifique nord, un quatrième dans le Pacifique sud, et un cinquième dans l'océan Indien sud. Il est même probable qu'un sixième courant existait autrefois dans l'océan Indien nord, lorsque les mers Caspienne et d'Aral ne formaient qu'une seule et même étendue d'eau. Or, au point indiqué sur le planisphère, se déroulait l'un de ces courants, le Kuro Scivo des Japonais, le Fleuve noir, qui, sorti du golfe du Bengale où le chauffent les rayons perpendiculaires du soleil de Tropiques, traverse le détroit de Malacca, prolonge la côte d'Asie, s'arrondit dans le Pacifique nord jusqu'aux îles Aléoutienne, charriant des troncs de camphriers et autres produits indigènes, et tranchant par le pur indigo de ses eaux chaudes avec les flots de l'océan. Je suivais le courant du regard, je le voyais se perdre dans l'immensité du Pacifique et je me sentais entraîner avec lui.